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Le nouveau visage du marae Maha’iatea (Hiro’a n°169 - Novembre 2021)

La commune de Papara abrite l’un des plus grands marae de Tahiti : le marae Maha’iatea. Érigé au milieu du 18e siècle par le roi Amo...

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RENCONTRE AVC JAMES TUERA DE LA CELLULE DES MÉDIAS CULTURELS ET DE LA COMMUNICATION DE LA DIRECTION DE LA CULTURE ET DU PATRIMOINE. TEXTE SULIANE FAVENNEC - PHOTOS : DCP

C’est un monument historique de la Polynésie française. Érigé il y a trois siècles, le marae Maha’iatea était le plus haut et le plus élevé du territoire. Laissé à l’abandon pendant des décennies, il fait l’objet d’agencements depuis cinq ans. La Direction de la culture et du patrimoine (DCP) a procédé à des aménagements paysagers, graphiques et artistiques, tout en respectant l’authenticité du site classé.

Tout commence en 2017 avec une cam- pagne de fouilles opérée par Mark Eddowes. Cet archéologue néo-zélandais vit en Polynésie française depuis 1982 et connait bien les marae du fenua pour avoir travaillé sur plusieurs d’entre eux, notamment aux Australes et à Moorea. Ces fouilles ont permis de mettre en exergue les vestiges du site et les fondations du marae.

Il a ensuite été prévu de poser un enrochement pour protéger le ahu, suite aux fortes houles qui avaient raviné le littoral. « A suivi un aménagement paysager et les premiers végétaux, traditionnellement placés sur les marae, ont été plantés », explique James Tuera de la cellule des médias culturels et de la communication au sein de la DCP. Des aménagements qui ont dû affronter les colères météorologiques. Plusieurs fortes houles ont freiné les travaux et provoqué quelques dégâts. La dernière en date : celle du 13 septembre pour laquelle des travaux de renforcement de l’enrochement ont été effectués. Le parking a, lui aussi, dû être ré-agencé. Il aura donc fallu pas moins de cinq années pour finaliser l’aménagement dont le plus gros a été réalisé en 2020. L’opération a coûté près de 12 millions de Fcfp.

L’art pour raconter

Réhabiliter ce site classé et fragilisé mais aussi sécuriser l’endroit pour le voisinage et la paix du marae ont donc fait partie des priorités de la Direction de la culture. Construit autour de 1766-1769, le marae s’étendait sur deux hectares et culminait à plus de trente mètres de haut. Il rejoignait le récif et possédait à l’époque onze gradins. « Cet aménagement est basé sur le principe de retrouver des aspects de l’architecture originale du marae. la mer ayant bien abimé la partie arrière, c’est une protection de ce site majestueux », précise James Tuera.

Et l’aménagement n’en est pas resté à la simple réhabilitation du site. La DCP a fait appel à des artistes pour raconter son histoire et repenser la place de ce lieu comme un tremplin en faveur de sa reconnaissance et sa protection. Deux graffeurs de renom, les artistes Jops et Abuz, ont œuvré à la mise en place d’une fresque chronologique représentant plusieurs séquences de l’histoire du site. On retrouve ainsi la pose de la pierre de fondation avec Ruahatu.

Les récits anciens racontent qu’après « le grand déluge, les hommes d’une petite communauté de l’île sacrée de ra’iātea reconstruisirent de nouveaux marae qu’ils dédicacèrent à ruahatu, seigneur des océans, divinité des mers ». Ce site a été choisi pour la construction de ce temple religieux à ciel ouvert dédié à Ruahatu pour deux raisons. La première parce que tous les marae de souverains suprêmes étaient traditionnellement érigés sur des caps ou promontoires faisant face à une passe ouverte sur l’océan, un lieu stratégique et de rencontre entre l’océan et la terre. La seconde parce qu’il était proche d’un des plus anciens marae familiaux du clan des Teva autour des années 1760, To’o-ā-Ra’i, aujourd’hui disparu.

Lieu de rencontre

Deux illustres personnages sont à l’origine de sa construction à l’occasion de l’intronisation de leur fils Teri ́irere : le couple royal de Papara, Purea et Amo. Leur idée : rehausser le prestige (mana) et l’autorité politique du père, qui ne cessait de décroitre depuis la défaite de Matavai causée par les armes à feu du capitaine Wallis.

Celui qui en fut l’architecte n’est autre que le célèbre grand prêtre de Taputapuātea de Raiatea. L’une des fresques des artistes graffeurs illustre l’édification du marae par Tupaia entre 1766-1768. Autre séquence : celle de l’hommage à Opuhara, dernier gardien de la tradition et défenseur des rois mā ́ohi tombés lors de la bataille de Fei Pi en 1815.

La Direction de la culture et du patrimoine a également mobiliser trois autres artistes pour la partie graphique du site. Les sculpteurs Jonathan Mencarelli, Stéphane Motard et Teva Victor de Hamani Lab. Chacun a eu la charge de représenter, à travers ses œuvres, le dieu de l’océan, Ruahatu. Suite à plusieurs rencontres autour de l’historique du site et des personnages principaux, les artistes ont pu donner libre cours à leur inspiration afin de produire des œuvres correspondant aux faits marquants de Maha’iatea.

Un moyen également pour la DCP d’attirer un public plus jeune, de montrer une culture plus vivante et attractive. Aujourd’hui, non seulement le marae de Maha’iatea renait de ses cendres mais le site devient aussi un lieu de rencontre entre art, culture et histoire.

- Le nouveau visage du marae Maha’iatea (Hiro’a n°169 - Novembre 2021) (à télécharger)