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Ivirau To’omaru, un marae unique en son genre (Hiro’a n°157 - Novembre 2020)

L’archéologue néo-zélandais Mark Eddowes a procédé pendant un mois aux travaux de restauration du marae Ivirau To’omaru, situé dans la vallée de la Papenoo à Tahiti...

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L’archéologue néo-zélandais Mark Eddowes a procédé pendant un mois aux travaux de restauration du marae Ivirau To’omaru, situé dans la vallée de la Papenoo à Tahiti. Pour le spécialiste, ce site, qui combine les styles et techniques de construction des îles Sous-le-Vent et des îles du Vent, est le seul exemple de cette architecture dans l’archipel de la Société.

Où se trouve le marae de Ivirau To’omaru ?

Le marae de Ivirau To’omaru se trouve dans la moyenne vallée de la Papenoo
en face du parc national de Te Faaiti. Il fait partie d’une ancienne cité Te Pihaia Teta, qui servait autrefois de refuge aux populations. C’est un marae de la tribu du grand ari’i Teta.

Pour quelles raisons avez-vous restauré le marae ?

C’est une demande de l’association culturelle de la Papenoo, Te Haururu. Elle souhaite remettre en état différentes structures, qui ont été endommagées au fil du temps dans ce site de la Papenoo.

L’association utilise souvent les sites des marae pour différents événements, comme lors des fêtes de Matari’i i ni’a et de Matari’i i raro, l’équinoxe et le solstice polynésiens.

Les marae font partie de l’histoire de la Polynésie, il est important de les préserver,
de les restaurer et de les faire connaitre, que ce soit pour les Tahitiens ou pour les touristes, très demandeurs de sites culturels et historiques. Le ministère de la Culture a subventionné le coût des travaux de restauration.

Quelles sont les particularités de ce marae ?

Son architecture est très spécifique, car la plateforme est un mélange des styles et
techniques utilisés aux îles Sous-le-Vent et des îles du Vent. À ma connaissance, c’est le seul marae des îles de la Société à présenter cette particularité. Aux îles Sous-le-Vent, la plateforme est faite avec des dalles de corail ou de basalte posées en rectangle. Aux îles du Vent, la plateforme est plus raffinée avec des pierres taillées
et superposées en gradin, un peu comme une petite pyramide.

Le devant de la plateforme du marae de Ivirau To’omaru est réalisé en dalles de
basalte, comme c’est le cas aux îles Sous-le-Vent. Mais on remarque également un
gradin ajouté, comme cela se fait dans les marae des îles du Vent. L’architecture est un signe d’appartenance aux différentes chefferies. Ce mélange des deux techniques symbolise probablement une parenté du chef du marae, non seulement
avec les îles du Vent, mais aussi avec les îles Sous-le-Vent.

Ce marae a vraiment une portée très symbolique. En effet, si on regarde le positionnement de la pierre où s’adossait le ari’i Teta, elle est orientée vers une
cascade située plus loin en face dans la falaise. C’est un site dédié au dieu Tane,
le dieu de la fertilité, de l’abondance. La cascade représente la semence qui rend la
terre fertile.

Quelle est la date de sa construction ?

Je ne sais pas encore précisément. J’ai fait quelques prélèvements à l’extérieur et à l’intérieur de la plateforme « D » de l’ensemble qui me permettront de procéder à la datation du marae par carbone 14. Je pense qu’il date du XVIIe ou du XVIIIe siècle, je ne pense pas qu’il soit antérieur.

Sur quoi la rénovation a-t-elle porté ?

La restauration a porté sur trois murs d’architecture différente et sur la plateforme « D » accolée au mur du marae.

Cette plateforme se trouvait vraiment dans un état dégradé. La zone est très marécageuse, les pierres ont bougé, beaucoup se sont effondrées dans la boue au fil des années. Pire, d’autres pierres ont été enlevées par des personnes.

Comment avez-vous procédé pour réaliser ces travaux ?

Les travaux ont duré un mois environ. Nous avons redressé, remis sur place les pierres qui étaient tombées. Nous avons observé, regardé les formes des pierres pour les remettre là où elles étaient initialement. Pour celles qui ont été enlevées par les gens, nous avons pris des pierres juste à côté, dans le ruisseau, car ce sont des pierres de même nature. Je cherche toujours à récréer l’aspect original de la plateforme, du pavage.

Avez-vous rencontré des difficultés ?

Oui, notamment pour le pavage de la plateforme « D ». Celle-ci n’a pas été bâtie
au départ pour durer plusieurs siècles. La plateforme initiale, qui était constituée de terre et d’un peu de gravier, n’était pas forcément très solide, et a eu tendance à s’effondrer au fil du temps, surtout dans une zone marécageuse comme celle-ci. Il a alors fallu la renforcer en mettant davantage de cailloux de taille moyenne, de gravier, de terre, pour bien fortifier, consolider la plateforme.

Quelle équipe a réalisé ces travaux ?

Nous étions trois. J’ai été aidé par deux jeunes Polynésiens en formation archéologique à Papara. Ils m’ont déjà accompagné sur d’autres chantiers de restauration.

Peut-on visiter ce marae ?

Le site est naturellement ouvert à tous, aux Polynésiens comme aux touristes. Nous allons installer une signalétique afin que les visiteurs puissent connaitre l’histoire de ce lieu, la fonction d’un marae...

Quelle sera la prochaine étape ?

On espère pouvoir restaurer la partie arrière du site, qui est perdue dans une large étendue de bambous. Il y a sans doute encore de nombreux petits marae aux alentours. Nous espérons pouvoir réaliser ces travaux l’an prochain si nous obtenons une subvention.

- Ivirau To’omaru, un marae unique en son genre (Hiro’a n°157 - Novembre 2020) (à télécharger)