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Les tiki redressés de Te Fiifii (Hiro’a n°146 - Novembre 2019)

Du 2 au 9 juillet dernier, une mission diligentée par la Direction de la culture et du patrimoine à Hiva ’Oa a permis de déplacer et redresser les deux tiki du me’ae Te Fiifii...

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RENCONTRE AVEC MATAHI CHAVE RESPONSABLE DE LA CELLULE DE LA PROMOTION ARTISTIQUE ET CULTURELLE AU SEIN DE LA DIRECTION DE LA CULTURE ET DU PATRIMOINE. TEXTE : SYNTHÈSE DU RAPPORT DE MISSION SUR L’ILE DE HIVA ’OA DE ANATAUARII LEAL-TAMARII ET MATAHI CHAVE. PHOTOS : DCP

Du 2 au 9 juillet dernier, une mission diligentée par la Direction de la culture et du patrimoine à Hiva ’Oa a permis de déplacer et redresser les deux tiki du me’ae Te Fiifii. Une opération menée grâce au soutien des Marquisiens.

Dans la continuité des travaux de mise en valeur du patrimoine archéologique de la vallée de Puama’u, à Hiva ’Oa, une attention particulière a été attribuée au me’ae Te Fiifii, situé à environ 80 mètres au sud-ouest du me’ae ’I’ipona. En effet, pour assurer la protection et la sauvegarde des deux tiki gisant au pied de la façade nord du paepae, dans un tas d’éboulis, il a été demandé aux agents d’organiser une opération de redressement visant à les replacer sur le paepae situé en amont. Pour mener à bien cette opération, la Direction de la culture et du patrimoine s’est appuyée sur la communauté locale.

« La réussite de cette opération de relèvement des tiki de te Fiifii tient dans l’association du Pays et de la communauté locale, illustrant ainsi parfaitement le 5e "C" de l’Unesco pour "Communautés", après les quatre termes anglais Conservation, Credibility, Capacities, Communication, tels qu’adoptés par le comité du patrimoine mondial en 2010 à tongariro (nouvelle- Zélande) – 1er paysage culturel inscrit au Patrimoine mondial – sur la demande du chef Tumu Te Heuheu », précise Matahi Chave, responsable de la cellule de la Promotion artistique et culturelle au sein de la Direction de la culture et du patrimoine. En effet, l’opération a réuni le Pays à travers la DCP et la circonscription des îles Marquises, les communes associées (Atuona et Puama’u), les propriétaires des sites, les habitants de Puama’u (agents ou non de la commune), les associations (Atatete O Hiva et Toa-A’itua), les anciens porteurs du savoir : Vohi Heitaa qui avait participé au relèvement des tiki de ’I’ipona en 1991 avec Pierre Ottino (Papy Vohi, handicapé, a rejoint le site à cheval où il a pu prodiguer ses bons conseils) et Félicienne Heitaa, de l’académie marquisienne pour l’aspect immatériel. Le prestataire SMBR (Société méditerranéenne de bâtiment et de rénovation) est également venu en renfort.

Le défi du transport

Le premier tiki sculpté dans un bloc de ke’etu gris, était allongé sur le dos. Le second tiki, plus petit, était quant à lui debout à deux mètres du premier (et avait déjà été redressé). Ces deux tiki, aujourd’hui entièrement colonisés par des micro-organismes (lichens, mousses et champignons) qui altèrent dangereusement les fines gravures de leurs visages, ont très certainement chutés lors de l’éboulement de la façade nord du paepae, située en amont. Après concertation, et pour assurer la préservation et l’intégrité des tiki, il avait été décidé que ces derniers seraient hissés sur le paepae à l’aide d’un système de palans capables de déplacer et de soulever des pièces de deux tonnes. Dans la pratique, les tiki ont été déplacés à la seule force des membres de l’équipe. Le dégagement du premier tiki estimé à 800 kg s’est fait par levier avec du bois de pūrau (Hibiscus tiliaceus), l’usage du métal étant proscrit pour ne pas endommager les œuvres sculptées. Un système de plateforme et de rampes de déplacement a ensuite été disposé pour faciliter le transport. Le bois d’avocatier (Persea americana) a été précieux dans cette opération extrêmement délicate, car mécaniquement plus résistant que celui du pūrau. Le second tiki, plus léger, fut sanglé puis attaché à un bois de pūrau, placé de manière transversale. Il s’agit là d’un procédé le plus souvent destiné au transport des cochons abattus par les chasseurs marquisiens.

Une fois les tiki remontés, il a fallu réfléchir à leur emplacement définitif. La façade nord (emplacement originel selon l’hypothèse la plus plausible) n’était pas envisageable en raison des éboulements. Le premier tiki a donc été installé quelques mètres en recul de cette façade, sur un sol relativement plat à l’aide de pierres de tout-venant. Hormis le caractère topographique du site, la présence de nombreux cocotiers a également influencé le choix final. Il était nécessaire de protéger le tiki de toute chute éventuelle de branches ou de noix de coco. Quant à son orientation, celle-ci est la même que celle d’origine, à savoir face au nord. Le second tiki a été disposé à 1,50 mètre au nord-ouest du premier tiki, toujours face au nord.

À la suite de ces opérations, un relevé complet du paepae principal composé de deux terrasses a été réalisé. Ce relevé en plan de la structure s’est avéré nécessaire car, d’une part, la structure n’avait jamais été relevée de façon précise et d’autre part, le nouvel emplacement des tiki devait être signalé sur un document.

Le me’ae Te Fiifii
Le site est mis au jour pour la première fois à la fin des années 1920 lorsque le docteur Rollin réalise son importante étude sur les mœurs et coutumes des Marquisiens. Il identifie cette structure comme étant le me’ae Te Fiifii. Plus tard en 1985, Sidsel Millerstrom, lors d’une mission destinée à étudier et à inventorier l’ensemble du corpus iconographique des îles Marquises, amende les premières observations du docteur en signalant la présence de plusieurs autres structures lithiques à l’arrière du me’ea ’I’ipona. Parmi ces structures, elle identifie une terrasse au pied de laquelle gisent deux tiki qu’elle dessine et décrit.

Les tiki redressés de Te Fiifii (Hiro’a n°146 - Novembre 2019) (à télécharger)