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La frégate / Te ’Ōtaha, animal sacré de Taputapuātea (Hiro’a n°131 - Août 2018)

Dans le cadre de la protection et de la valorisation des animaux dits sacrés du Paysage culturel Taputapuātea, la frégate, te ‘ōtaha , mérite une attention particulière. Elle était considérée par les ancêtres comme un amer (repérage côtier) et messager du vent. La place et fonction que les Polynésiens lui attribuent, à la fois dans son environnement naturel et culturel, renvoient aux croyances pré-chrétiennes...

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PAR EDMÉE HOPUU, AGENT DU BUREAU DES TRADITIONS ORALES AU SERVICE DE LA CULTURE ET DU PATRIMOINE. PHOTO : SCP.

Dans le cadre de la protection et de la valorisation des animaux dits sacrés du Paysage culturel Taputapuātea, la frégate, te ‘ōtaha , mérite une attention particulière. Elle était considérée par les ancêtres comme un amer (repérage côtier) et messager du vent. La place et fonction que les Polynésiens lui attribuent, à la fois dans son environnement naturel et culturel, renvoient aux croyances pré-chrétiennes.

Pour tout pêcheur, ou navigateur, l’observation attentive du vol de cet oiseau permet d’anticiper le vent et de mieux appréhender les prévisions et conditions météorologiques. La frégate du Pacifique, fregata minor, l’oiseau du vent, de la tempête chez les Océaniens, de la pluie chez les Aborigènes d’Australie, suscite encore aujourd’hui des interrogations et le mystère.

Certaines croyances antiques en faisaient une messagère des dieux et aux îles Kiribati par exemple, elle était le signe de la noblesse. On peut d’ailleurs voir sur le drapeau du pays une frégate survolant un soleil au dessus de l’océan.

Cet oiseau mystérieux, difficile à approcher, a une place importante chez les Polynésiens qui scrutent le ciel avec attention en l’observant, en évaluant la hauteur de son vol, en admirant son déplacement posé et majestueux qui manifestement envoie des signes. Lorsque la frégate vole très haut, c’est signe de temps calme, si elle vole à hauteur d’un cocotier ou d’un tumu aito, l’arbre de fer, c’est signe d’un vent fort. En revanche, si l’oiseau commence à crier, c’est signe de forte pluie à venir.

Selon une de nos sources, un pêcheur professionnel, la frégate est un bon guide et un bon informateur. Elle lui annoncera si son bateau va arriver bientôt près des côtes. Aussi, ce qui détermine la particularité de cet oiseau réside dans sa manière de capturer sa nourriture. Elle observe du ciel les bancs de dauphins, de thons qui se nourrissent en ramenant et rassemblant les bancs de petits poissons à la surface, ce qui fait également le bonheur des autres oiseaux, mais qui leur sont aussitôt dérobés par la frégate, véritable pirate au dessus de l’océan. Il semble y avoir une forme de hiérarchie dans la cour extraordinaire de ces oiseaux.

Une symbolique culturelle et surnaturelle

Pour les Océaniens, la frégate est associée au monde surnaturel, créant ainsi le lien et la communication entre le monde des vivants et le monde des ancêtres. Le vent qui, dans les temps anciens, était une divinité vénérée par les Polynésiens, était censé souffler et transmettre à la frégate tout son savoir. Sa relation au surnaturel lui attribue un mana divin, ce qui lui permet de transmettre des messages qui, pour nous les humains, restent encore très énigmatiques. La frégate prévient les hommes des risques et périls. Ainsi, de par son lien avec le monde des esprits, elle est qualifiée de médiateur, car elle permet aux humains de voir et d’anticiper l’avenir. « C’est grâce aux frégates que les esprits peuvent donner des directives aux vivants », écrit ainsi Solange Petit-Skinner*.

Selon Teuira Henry, « quand Oro, dieu de la guerre, fils de Ta’aroa et de Hina-tua-uta à Opoa naquit, son père lui donna pour demeure Ōpōa avec le marae Feoro. Il devint très puissant et les gens du pays ainsi que ceux des régions éloignées le reconnurent comme Dieu suprême de la terre et des airs. Le nom de Feoro fut changé en Vai-‘otaha (eau de la frégate) qui devint le nom religieux de tous les marae dédiés à Oro, car la frégate était l’ombre de Oro, et l’eau signifiait le sang humain »

* Auteure du livre Les Oiseaux du vent, les gens du vent – Les oiseaux frégates et les Polynésiens, éditions L’Harmattan.

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