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Les ossements tapu de retour à Taputapuātea (Hiro’a n°126 - Mars 2018)

Nous en parlions déjà dans le Hiro’a n°125. C’est en 1994 et en 1995, dans le cadre du grand chantier de restauration du site de Tapuatapuātea engagé par le Département Archéologie du Centre polynésien des sciences humaines, que des ossements humains et d’animaux sont découverts sur les trois marae majeurs que sont le marae de Taputapuātea, celui de Hauviri et le marae Hititai (Tau’aitu) puis confiés à l’équipe de Maeva Navarro.

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RENCONTRE AVEC TAMARA MARIC, DOCTEUR EN ARCHÉOLOGIE ET FRANCIS STEIN, CHEF DE PROJET DU PAYSAGE CULTUREL TAPUTAPUĀTEA AU SERVICE DE LA CULTURE ET DU PATRIMOINE. TEXTE ASF. PHOTOS SCP.

Les ossements prélevés dans les années 90 sur le site de Taputapuātea ont retrouvé leurs terres en décembre dernier, lors d’une cérémonie. Des ossements qui ont délivré une partie de leurs secrets grâce à une étude bioarchéologique.

C’était une condition préalable à l’étude et aux analyses des restes, lorsque le Service de la Culture et du Patrimoine a demandé au comité des Sages de Taputapuātea l’autorisation de mener cette étude : les ossements humains et d’animaux qui se trouvaient dans les réserves du service devaient revenir sur le site sacré une fois analysés. En décembre dernier, la promesse a été tenue puisqu’une cérémonie chargée d’émotions et de solennité a eu lieu à Taputapuātea. Chaque composante de squelette parfois reconstitué a ainsi été insérée dans une poche en tapa réalisée par une artisane marquisienne, Tutana Tetuanui, ancien agent des traditions orales du service, avant d’être ré-ensevelie dans les ahu respectifs des marae d’où elles ont été prélevées en 1995. Quelques mois plus tôt, dans le cadre du comité de gestion, une restitution des analyses avait été effectuée aux membres.

930 restes humains étudiés

Nous en parlions déjà dans le Hiro’a n°125. C’est en 1994 et en 1995, dans le cadre du grand chantier de restauration du site de Tapuatapuātea engagé par le Département Archéologie du Centre polynésien des sciences humaines, que des ossements humains et d’animaux sont découverts sur les trois marae majeurs que sont le marae de Taputapuātea, celui de Hauviri et le marae Hititai (Tau’aitu) puis confiés à l’équipe de Maeva Navarro. En 2013, le Service de la Culture et du Patrimoine commence à se concentrer sur Taputapuātea et finalise des études archéologiques complémentaires. En 2014, il confie à Frédérique Valentin, archéo-anthropologue, l’étude bioarchéologique de 930 restes humains sur les 2179 restes osseux répertoriés. Chargée de recherche au CNRS, au sein de l’équipe d’ethnologie préhistorique Arscan, Frédérique Valentin s’intéresse aux premiers peuplements du Pacifique en fouillant des sites funéraires. Elle examine en particulier les squelettes des personnes décédées afin de déterminer les circonstances de leur mort et surtout afin de reconstituer leur mode de vie. Son étude à Tahiti a permis d’identifier des individus des deux sexes déposés sur (ou inhumés dans) plusieurs des structures composant le complexe cérémoniel.

Les résultats indiquent que ces individus n’ont pas de traces de fractures de leur vivant et donc pas de traces de violence. Les nombreux fragments d’os sont donc dus au piétinement du site en surface au cours des siècles. Si des traces de feu ont été constatées, il ne s’agit ni d’incinération ni d’un feu lié à la cuisson. Il s’agirait plutôt de feux de cocoteraies. Les ossements trouvés s’inscrivent dans le cadre d’une inhumation avec probablement une sépulture.

Différentes fonctions des marae

Les quelques os prélevés sur le marae Hauviri et celui de Hititai et étudiés sont datés au carbone 14 d’entre le XVIIIe et le début du XIXe siècles. Les études morphologiques démontrent qu’il s’agit d’une population typiquement polynésienne, même si les résultats pour l’ADN sont encore en cours. Le professeur Valentin a pu constater une forte usure dentaire (a contrario les caries sont rares) et une activité physique intense, en particulier au niveau du dos avec des pathologies articulaires des vertèbres. Les analyses ont permis également de déterminer une alimentation plutôt en provenance du milieu marin avec une consommation très rares de végétaux. L’étude des ossements confirme les différences de fonctions des marae : social, local, familial et spécialisé. Le marae Hititai comptabilisait plus d’ossements d’animaux qu’humains. Il est considéré comme un marae rahui maa, dédié à la gestion rituelle des ressources. Le marae Hauviri accueillait une majorité de restes humains, de sépultures, et tenait entre autre le rôle de marae « familial » des Tamatoa

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