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Tiki d’Iipona à Hiva Oa : quand conservation rime avec transmission (Hiro’a n° 111 - Décembre 2016)

La protection des tiki et têtes sculptées du site d’Iipona à Hiva Oa est un projet qui rassemble de nombreux acteurs de la terre des hommes. En plus du Service de la Culture et du Patrimoine...

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Rencontre avec Jean Paul Landé, principal du collège, du centre d’enseignement aux technologies appropriées aux développements (Cetad) et du lycée professionnel d’Atuona à Hiva Oa, et Matahi Chave, du bureau programmation et coordination au Service de la Culture et du Patrimoine. Texte : DB.

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© B. MOU - SCP

La protection des tiki et têtes sculptées du site d’Iipona à Hiva Oa est un projet qui rassemble de nombreux acteurs de la terre des hommes. En plus du Service de la Culture et du Patrimoine, il y a les membres de l’association culturelle Atatete O Hiva, les propriétaires du terrain, la municipalité mais aussi les élèves du Cetad et du collège public de l’île. À travers eux, ce sont tous les habitants, sensibilisés, qui participent à la sauvegarde de leur patrimoine.

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© J.P. LANDE

Le projet de sauvegarde des grands tiki de la vallée de Puamau à Hiva Oa aux Marquises ne date pas d’hier. Nous observons leur dégradation depuis quelques années.

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© J.P. LANDE

En 2006, les experts du laboratoire de recherche des monuments historiques de France ont établi un diagnostic sans appel : les tiki se trouvent dans un état de conservation critique. Ils préconisent d’abriter les sculptures.

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© J.P. LANDE

L’idée a fait son chemin. Jean-Paul Landé, le principal du collège, sensible à la culture et au patrimoine, à la préservation et à la transmission de celui-ci, a pris le problème à bras le corps. Dans son sillage, il a entraîné ses élèves et avec eux, une partie de la population.

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© J.P. LANDE
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© J.P. LANDE

Pour protéger les tiki, un projet de construction de petits abris, des fae (voir encadré) a donc été initié. Et, pendant un an, les élèves du Cetad ont travaillé à la conception et la réalisation de ces fae qui seront installés au-dessus des tiki. « Nous avons impliqué les élèves du centre d’enseignement aux technologies appropriées aux développements (Cetad), ils sont douze ainsi qu’une classe de 5ème du collège, eux sont 28 », précise Jean-Paul Landé. Concrètement, cela s’est traduit pour les premiers par la construction des fae avec l‘association Atatete O Hiva et, pour les seconds, par l’organisation d’une sortie scolaire de classe sur deux jours dans la vallée de Puamau, à Iipona.

Le principal détaille : « Les deux classes n’ont pas du tout travaillé de la même façon, mais les objectifs étaient les mêmes, à savoir : expliquer le concept de patrimoine, sensibiliser à la protection de celui-ci, se réapproprier son histoire, ne pas avoir de complexe vis-à-vis de son héritage culturel et faire le tri dans ce qui nous est rapporté. »

Un investissement global

« Il a fallu du temps car on est vraiment partis de rien », tient à signaler le principal. « Il y a eu tout un aspect technique à aborder théoriquement et pratiquement. Cela a pris peut-être deux ou trois mois. Mais l’aventure ne s’est pas arrêtée là », explique-t-il.

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© P. OTTINO

« Les professeurs se sont investis pour intégrer ce projet de construction dans leur programme et aller aussi loin que possible sur le concept de patrimoine. En quoi ce site de la vallée de Puamau est-il remarquable ? se sont-ils interrogés avec les élèves. », sachant que le site des tiki d’Iipona compte parmi les sites de Hiva Oa choisis dans le cadre du processus d’inscription au Patrimoine mondial de l’Unesco de l’archipel Marquisien.

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© P. OTTINO

Comme ailleurs, la christianisation a fait son oeuvre aux Marquises. « Des tabu ont été posés ça et là, on diabolisait certaines zones. Et cela s’est fait très vite, en une trentaine d’années il y a eu comme un oubli généralisé. Heureusement, quand les premiers experts, archéologues et autres sont arrivés, ils ont trouvé des Marquisiens qui avaient gardé une connaissance de leur culture et qui ont bien voulu répondre aux questions, nous permettant aujourd’hui, grâce à leurs écrits, de boucher ça et là les trous de la tradition orale. » Les enseignants ont donc pu donner aux élèves des éléments sur l’histoire des tiki, leur date, leurs origines.

Ce savoir, transmis à nouveau, a été l’occasion de soulever d’autres interrogations. La connaissance est-elle juste, est-elle aujourd’hui telle qu’elle a toujours été ? « Ce projet de construction de fae, de préservation du patrimoine, a permis d’aborder un sujet important : la fiabilité des sources. » Jean-Paul Landé ajoute : « Je suis allé moi-même sur le site, j’ai écouté les gens parler. Il n’y a pas une mais des histoires qui circulent à propos des tiki. Elles ne sont pas toutes basées sur la connaissance. » Toute connaissance, écrite ou orale, doit être vérifiée, croisée. « Qu’est-ce qui est fiable et qu’est-ce qui ne l’est pas ? Il faut être prudent sur ce que l’on entend et surtout sur ce que l’on véhicule. » Chacun, en tant que transmetteur du savoir, a une part de responsabilité.

Les élèves de la classe de 5ème ont travaillé quant à eux sur le projet de protection des tiki de Puamau dans le même contexte que ceux du CETAD mais de façon plus théorique. « Ils sont plus jeunes et plus scolaires. » Toutefois, ils vont passer deux jours sur le site de la vallée de Puamau à l’occasion de l’inauguration des fae prévue le 3 décembre.

À travers les élèves, c’est toute la population de la vallée et même de l’île - voire de l’archipel - que le principal du collège espère toucher. « Toutes les générations doivent se retrouver sur ce programme pour échanger sur les connaissances passées et actuelles. » Pour inscrire les savoirs d’hier dans le temps et poser les bases des connaissances de demain...

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© M.CHAVE - SCP
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© M.CHAVE - SCP

ENCADRE

Que protège-t-on ?

Le site d’Iipona à Hiva Oa a été photographié pour la première fois par Karl Von den Steinen en 1897. Les fondations de la terrasse dateraient, d’après les fouilles réalisées en 1956 par des archéologues norvégiens dont Thor Heyerdahl, d’une période allant du XIVème au XVème siècle après J.-C. Sur ce site se trouvent huit tiki dont trois sont fragmentés, neuf têtes sculptées ainsi que des pétroglyphes sur rochers. La mise à l’abri concerne les cinq tiki encore debout ou redressés. Un abri sera construit au-dessus d’un paepae où seront regroupées toutes les têtes. La protection de ce site est rendue possible grâce à la famille Tissot, propriétaire des lieux, l’association Atatete O Hiva Oa, le Service de la Culture et du Patrimoine, ainsi que la municipalité.

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© M.CHAVE - SCP
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© M.CHAVE - SCP

ENCADRE

Qu’est-ce que les fae  ?

Les fae sont des abris qui vont protéger les sculptures de pierres contre les intempéries et les brûlures du soleil, ils limiteront la pousse des lichens et des mousses sur leur surface, qui participent aussi à la dégradation du matériau. Les fae sont composés de ni’au tressés et de poteaux en toa (bois de fer). Ils seront inaugurés le 3 décembre.

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