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Opération de sauvegarde des grands tiki de Puamau (Hiro’a n° 103 - Avril 2016)

La protection des tiki et des autres formes statuaires présentes sur le me’ae de Iipona, à Hiva Oa, une priorité pour le Service de la Culture et du Patrimoine afin de sauver un héritage culturel qui aurait aujourd’hui toute sa place dans le processus d’inscription au patrimoine mondial de l’Unesco.

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RENCONTRE AVEC BELONA MOU ET TAMARA MARIC, DU DEPARTEMENT ARCHEOLOGIE ET HISTROIRE ET MATAHI CHAVE, DU DEPARTEMENT VALORISATION ET DIFFUSION AU SERVICE DE LA CULTURE ET DU PATRIMOINE.
TEXTE : ASF - SCP - PHOTOS : ASF - SCP - YAN PEIRSEGAELE - TAHITI TOURISME

En cas de découverte de statuaire (Ti’i, Tiki) et / ou de pétroglyphes, la réglementation de la Polynésie française impose de prévenir le Service de la Culture et du Patrimoine.

Rappel des gestes à éviter pour ne pas dégrader ces statues :

- Ne pas tenter de nettoyer le ti’i à l’eau ou avec quelque produit que ce soit ;

- Ne pas enlever ni gratter les végétaux (mousses) poussant sur la statue : même lorsqu’on les enlève doucement à la main, leurs petites racines emportent des morceaux de pierre ;

- Ne pas gratter la pierre avec un objet, cela laissera des traces indélébiles pouvant altérer des anciennes gravures. On ne les voit pas forcément à l’œil nu, mais elles existent parfois encore.

- Ne pas dessiner sur la statue (craie, feutres, aérosols…) ;

- Ne pas déplacer la statue, sauf en cas de danger immédiat (possibilité de destruction ou de vol), et après avoir consulté le Service de la Culture et du Patrimoine ;

- Sachez qu’un tiki est considéré dans la réglementation comme un « bien immeuble » et non comme un simple objet. Il appartient au propriétaire du terrain sur lequel il est situé. Enlever un tiki de sa terre peut donc être considéré comme un vol et puni par la loi.

- Autant que possible, effectuez des photographies de votre découverte et contactez le SCP à l’adresse suivante : faufaatumu@culture.gov.pf – Téléphone : 4050 - 7177 (demandez à parler à un archéologue) ; Fax : 4042 - 0128

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L’exposition des tiki aux intémpéries, cause majeure de leur détérioration (crédit photo SCP 2016)

La protection des tiki et des autres formes statuaires présentes sur le me’ae de Iipona, à Hiva Oa, une priorité pour le Service de la Culture et du Patrimoine afin de sauver un héritage culturel qui aurait aujourd’hui toute sa place dans le processus d’inscription au patrimoine mondial de l’Unesco.

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Le sondage n° 2 près du tiki Manuiota’a ou Te Ha’a Tou Mahi a Naiki (crédit photo SCP 2016)
Mission du SCP d’avril 2016

La mission du SCP qui s’active sur le site archéologique classé du me’ae lipona dans la vallée de Puamau : réaliser un sondage archéologique préventif avant de poser les poteaux des fae qui abriteront les tiki et les autres ensembles statuaires qui occupent ce site et dont la dégradation est importante. Un lieu exceptionnel d’un peu moins d’un hectare qui compte à la fois des plateformes lithiques, cinq tiki encore quasiment complets - dont le plus grand de Polynésie française, le tiki Takaii (2,57m) - et neuf têtes sculptées. Pour le SCP, comme pour la municipalité de Hiva Oa et les propriétaires du lieu, la famille Tissot, il y a urgence à intervenir afin de protéger ce patrimoine unique. En 2006, les experts du laboratoire de recherche des monuments historiques de France avaient constaté qu’ils se trouvaient dans un état de conservation critique et préconisaient de les couvrir afin de limiter leur dégradation.

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Bélona MOU et Tamara MARIC au tamisage des sondages (crédit photo SCP 2016)

Après la validation du plan d’action, l’octroi de crédits, la signature d’une convention avec la famille Tissot pour une mise à disposition, une autorisation de travaux pour trois ans, et l’obtention du permis de construire, la mise sous abri va débuter. Concrètement, il s’agit de placer des abris au-dessus d’eux et sur le paepae qui rassemblera les têtes, afin de limiter l’érosion de la pierre causée par leur exposition aux intempéries et au soleil, stabiliser le degré d’humidité et ainsi stopper la pousse des lichens et des mousses sur toute leur surface. Le montant des travaux est estimé à un peu plus de 7,5 millions de Fcfp.

Protéger et conserver

Les abris seront réalisés par l’association Atatete O Hiva Oa. 4 300 ni’au tressés et 20 poteaux en toa (bois de fer) dont certains sculptés seront nécessaires. La mise sous abri consistera également à matérialiser un périmètre de sécurité par un cordage et ainsi éviter le contact avec les tiki car le simple fait de toucher aux sculptures augmente les risques de dégradation, notamment pour le tiki Takaii dont on sait que la structure connaît des infiltrations d’eau qui menacent de fendre et de casser définitivement la pierre.

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Bélona MOU fouille le sondage n°1 (crédit photo SCP 2016)

De même le grattage des mousses, souvent effectué dans le passé par méconnaissance, constitue un grave danger pour les tiki puisqu’il provoque une perte de matière minérale, les racines arrachant à chaque fois un bout de la pierre.

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Tamara MARIC fouille le sondage n° 3 (crédit photo SCP 2016)

Huit tiki et neuf têtes sculptées

Aujourd’hui, sur le site sont répertoriés :

• Huit tiki dont trois fragmentés. Les cinq tiki qui font l’objet d’une mise sous abri portent les noms de Makaii Tau’a Pepe (le tiki « couché »), Te Ha’a Tou Mahi a Naiki, Takaii (le plus grand de Polynésie), Fau Poe, épouse de Takaii et Maiauto.

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Les lichens ont colonisé le côté des tiki exposé au nord (crédit photo SCP 2016)
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Les dos des tiki de tuf rouge, exposés au sud et au fond de vallée, sont envahis de mousse (crédit photo SCP 2016)

• Neuf têtes sculptées dont Tiu O’o et Maniuota’a (représentant chacune une victime). Cette dernière ressemble beaucoup à celle exposée au Musée de Berlin. La comparaison entre les deux têtes met en évidence la différence de conservation en un siècle et la forte dégradation de celle présente aux Marquises.

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Le paepae où seront rassemblées les têtes sculptées du site (crédit photo SCP 2016)

• Des pétroglyphes sur rochers.

Cette mise à l’abri ne concerne les cinq tiki encore debout ou redressés. Il y aura également un abri au-dessus d’un paepae où seront regroupées toutes les têtes.
L’engagement de la famille Tissot est très important, car sans cette convention le pays ne pourrait pas investir pour protéger ce site chargé d’histoire.

Le site de Iipona à Hiva Oa a été relevé et photographié pour la première fois par Karl Von den Steinen, du Musée de Berlin, en 1897. L’archéologue Pierre Ottino, lors de la restauration du site en 1991, juge celle-ci la plus complète.

En 1956, lors de la seule fouille du site, des archéologues norvégiens dont Thor Heyerdahl datent les fondations de la terrasse où se trouve le tiki Takaii d’entre les XIVème et XVe siècles après J.-C. Lors de ces fouilles, un moulage du tiki Takaii a également été réalisé et il se trouve aujourd’hui au musée du Kon Tiki à Oslo, en Norvège.

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L’équipe du SCP à Puamau, Bélona MOU, Tamara MARIC et Matahi CHAVE (crédit photo SCP 2016)

Un site exceptionnel pour le dossier Unesco

Ce site exceptionnel restauré en 1991 par Pierre Ottino et dont la tradition orale rapporte nombre d’événements importants, sera très probablement un point fort du dossier Unesco pour l’inscription des Marquises au Patrimoine Mondial. Pour l’aspect culturel, le dossier misera sans doute sur la statuaire et les arts lithiques avec en appui les traditions orales. Pour les agents du SCP, la mission qui a lieu en avril est donc l’occasion d’avoir des informations supplémentaires pour étayer le dossier Unesco.

- Opération de sauvegarde des grands tiki de Puamau (à télécharger)

Autres informations :

- Diagnostic de l’état d’altération des tiki et pétroglyphes sur l’île de Hiva Oa (Rapport n° 1196 A du 10 juillet 2006) (à télécharger)