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Takapoto : découverte de nouveaux vestiges (Hiro’a n° 102 - Mars 2016)

Des sites archéologiques et des vestiges à Takapoto, Jean-Michel Chazine, ethno- archéologue, en avait déjà répertorié lors de précédents voyages, en 1975 et 1982. Quarante ans plus tard, il pose à nouveau le pied sur l’île de Takapoto...

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RENCONTRE AVEC JEAN-MICHEL CHAZINE, ETHNO-ARCHEOLOGUE, FREDERIC TORRENTE, ANTHROPOLOGUE, TEXTE : V.T. PHOTOS : FREDERIC TORRENTE ET ERIC TEHIVA.

Des sites archéologiques et des vestiges à Takapoto, Jean-Michel Chazine, ethno- archéologue, en avait déjà répertorié lors de précédents voyages, en 1975 et 1982. Quarante ans plus tard, il pose à nouveau le pied sur l’île de Takapoto pour en dé- couvrir de nouveaux. Mais cette fois-ci, avec les connaissances de l’anthropologue Fréderic Torrente, de nouvelles données enrichissent les recherches, en particulier les noms des terres et l’histoire ancienne des lignages des Tuamotu.

Takapoto : à plus de 500 kilomètres au nord de Tahiti, cette île fait de nouveau l’objet de recherches archéologiques. Un choix stratégique car Jean-Michel Chazine, ethno-archéologue, y avait déjà effectué un inventaire de ce qu’il avait vu en surface en 1975 puis en 1982. « Pour cette mission, le but était plus précis : compléter l’inventaire avec des données nouvelles fournies par la toponymie », précise l’archéologue. S’il est encore difficile de donner un nombre exact des sites et vestiges potentiels de l’atoll, ce qui est certain c’est que quatre nouveaux sites ont été découverts en février dernier.

Des vestiges menacés

Durant une semaine, la population de Takapoto, la municipalité et tous les services de l’atoll ont apporté leur soutien aux chercheurs et ont travaillé d’arrache-pied pour compléter l’inventaire des sites. « Toutes les personnes âgées qui nous ont aidé ont fait part de leurs connaissances et ont répondu à nos questions. Ils nous ont même montré leurs puta tupuna* », s’enthousiasme Jean-Michel Chazine.

Des recherches qui ont abouti à la découverte de marae ou de sites ravagés après les derniers cyclones. Souvent enfouis sous la végétation, les vestiges sont parfois détériorés, voire détruits par l’action des hommes. Car sans avoir conscience de leur présence, des travaux sont effectués avec des bulldozers sur ces vestiges, quand ce n’est pas l’utilisation inappropriée du feu qui participe à la disparition de ces derniers. C’est pourquoi un tel travail de recensement est important pour préserver et faire connaître le patrimoine culturel.

Les toponymes : des indices sur la fonction des lieux

L’étude empirique de Jean-Michel Chazine et celle, anthropologique, de Frédéric Torrente, ont permis de confirmer que presque partout sur l’île se tenaient à la fois : un marae, un puits ou un bassin, des fosses de cultures et des vestiges de présence ou d’installation humaine correspondant à un lignage. « On a confirmation des installations humaines notamment par des déchets de travail de la nacre ou des bénitiers ou par des zones où les habitants de l’île avaient fait des fours », rajoute Jean-Michel. Pour aller plus loin dans l’étude, l’analyse des noms de terres de l’atoll donne souvent une indication de la fonction de l’endroit. Et bien souvent, cela rend compte de la trame des anciennes chefferies et des liens que les anciens entretenaient avec leur sol. « Ces toponymes, inscrivant la mémoire sociale de l’atoll en filigrane, sont une mine d’information qu’il s’agit de décoder. Nous avons eu le loisir de vérifier sur place la toponymie, les points d’ancrage de la tradition, et de constater la répartition des anciens lignages de l’atoll dans leur limites territoriales : gati Hoga, gati Huri, gati Tetua, gati Puroa, gati Moeava. Ces cinq lignages souches constituent cinq anciennes entités territoriales appelées matakeinaga », souligne Frédéric Torrente.

Toutes ces nouvelles recherches vont permettre d’en apprendre davantage sur la manière dont vivaient les habitants de Takapoto. Elles ont confirmé l’idée que si les fosses de culture ont permis aux anciens habitants de s’autoalimenter, encore aujourd’hui, plus de 80% de la nourriture pourrait être produite sur l’île. Or, 98% des produits alimentaires sont importés, ce qui est disproportionné. Mais en attendant que les résultats des recherches soient rendus d’ici quelques mois, l’école et la mairie se sont engagées à poursuivre les recherches et l’inventaire des vestiges à Takapoto.

*les puta tupuna sont les livres qui renferment l’histoire des familles et sont transmis de génération en génération.

- Takapoto : découverte de nouveaux vestiges (Hiro’a n° 102 - Mars 2016) (à télécharger)