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Les éléments du marae



Les marae des îles Sous-le-Vent et des îles du Vent présentaient des différences architecturales et ornementales notables (taille, localisation, murs d’enceinte, accessoires). Ces distinctions semblent autant liées à une différenciation culturelle des îles les unes par rapport aux autres qu’à un jeu d’alliances politiques des chefferies.
Les informations données concernent les marae des îles de la Société.

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A marae in Tahiti, H.D. Spöring, 1769


Deux éléments de construction sont néanmoins communs : la cour du marae et le ahu, espace réservé aux dieux et aux ancêtres. Le pavage du marae pouvait recouvrir tout ou une partie de la cour. Le plus souvent, les marae des îles Sous-le-Vent ne comportaient pas de murs d’enceinte en pierre. Un certain nombre de pierres, (éléments permanents de construction), dressées le long de la façade du ahu servaient de reposoir aux dieux et aux ancêtres. Celles dressées dans la cour servaient de dossier aux officiants. Des constructions de bois aux diverses fonctions abritaient les images des dieux, les accessoires cérémoniels ou encore les défunts.

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The inland marae at Pare Point. Watercolor by G. Tobin


Murs d’enceinte
La cour des marae des îles Sous-le-Vent était généralement non enclose de murs (exception faite de quelques marae sur l’île de Huahine et de Taha’a). Selon certains observateurs du 18è siècle, les murs pouvaient être matérialisés également par une clôture de bambou ou de pūrau.

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Coupe transversale de l’enceinte B du marae Ta’ata (J.Garanger 1975).


Omniprésents dans les constructions des îles-du-Vent, les murs sont en général de faible hauteur (moins d’un mètre). Il s’agissait d’une limite plus symbolique que fonctionnelle concentrant la puissance (mana) du marae dans l’enceinte. Ils peuvent être constitués de deux parements, interne et externe, avec à l’intérieur un blocage de terre et de pierraille parfois consolidé par une maçonnerie interne.

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Mur de type côtier avec pierre d’angle : ahu o mahine (Crédit SCP)


Pavage
Le pavage, composé de pierres basaltiques plates ou de corail, recouvrait la partie rectangulaire du ahu ou la totalité de la cour. Selon la tradition chaque famille apportait sur l’ordre d’un prêtre sa contribution en pierres de pavage pour la construction du nouveau marae du ari’i (chef).

Ahu
L’origine des ahu des marae remonte à l’ancienne pratique polynésienne consistant à former un monticule de terre et à ériger une stèle dressée en mémoire d’un chef défunt. Avec le temps, aux îles-du-Vent aux îles Sous-le-Vent, ils sont devenus plus complexes sur le plan architectural. Le ahu était l’endroit le plus sacré du marae. Il était consacré aux dieux et aux ancêtres. Seul le ari’i qui en était titulaire et quelques prêtres pouvaient y monter lors de l’inauguration.

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Différents types architecturaux de ahu


Différents types architecturaux de ahu :
1, en haut : ceint de dalles de corail (îles Sous-le-Vent)
2, à gauche : dalles de grés de plage (Tuamotu)
2, à droite : gradin de pierres basaltiques (îles-du-Vent)
3, à gauche : plate-forme simple avec pierres dressées (de type dit "intérieur », Iles-du-Vent et Iles Sous-le-Vent)
3, à droite : en dalles de corail entourées d’un pavage (Iles Sous-le-Vent)
4, en bas : en dalles de corail disposées à plat (Tuamotu, Reao)

Ciste en pierre basaltique ou en corail
Ces petites caches pouvaient contenir des fragments d’os humains. Selon les textes historiques, ces ossements appartenaient probablement aux défunts du groupe ou de la famille, vénérés après leur mort. Après plusieurs générations, ces ancêtres devenaient des dieux et leurs reliques, associées à d’autres éléments (coquillages, plumes, cheveux...) formaient des to’o, renfermant leur image. Lorsqu’une ciste est placée à côté du ahu, elle se dénommait ava’a : réceptacle des ti’i et autres effigies des dieux durant le temps des cérémonies.

Pierres dressées (‘öfa’i ti’a)
Le long de la façade du ahu et dans la cour pavée du marae, on trouvait un certain nombre de pierres dressées aux fonctions différentes. Sur la base des renseignements historiques écrits, celles faisant face au ahu représentaient la position des dieux ainsi que la position généalogique d’une personne au sein de la famille. La pierre centrale (ha’ai) était destinée aux matahiapo ou premiers-nés et les pierres dressées sur les côtés (terahu), aux teina ou fils cadets.

Pierres dossiers
À une certaine distance du ahu, on trouvait des pierres dossiers (‘öfa’i turu’i) ou pierres d’appui (‘öfa’i tuturi), dont les dimensions étaient plus importantes que celles des pierres dressées. Les membres importants de la congrégation d’un marae s’y adossaient pendant que les prêtres adressaient des prières aux dieux. Elles servaient d’appui aux détenteurs de titres.

Unu
Les unu étaient de grandes stèles en bois, sculptées dans de longues planches plates ou arrondies, ornées d’images anthropomorphes et zoomorphes représentant les gardiens des ancêtres de la famille. Il s’agissait vraisemblablement de totems destinés aux taura ou esprits gardiens d’une famille ou d’un clan, incarnés en poisson, oiseau, chien, requin... Ces unu souvent peints en couleur vive obtenue à partir de pigments naturels, étaient érigés sur le remblai interne de l’ahu et dominaient la structure. La forme la plus aboutie du unu était celle sculptée dans une longue planche au sommet de laquelle se trouvait une image individuelle et humaine, un jeune coq, une frégate, un chien... Le corps du unu quant à lui, était sculpté de motifs géométriques très colorés. Une autre catégorie de unu, plus simple, ne comportait pas d’images décoratives. Un exemple de ce type est constitué par un unu simple en forme de fourche conservant la forme de l’arbre à partir duquel il a été sculpté. On avait enfin un type de unu ne comportant aucune représentation. Ceux-ci étaient érigés sur les marae destinés aux sacrifices humains. Ils étaient placés parmi les crânes empilés des victimes sur un ahu construit à cet effet.

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Marae d’un chef, Huahine. Webber, 1777

Tira
Un mât en bois décoratif ou tira, orné de tissu en fibre de tapa et de plumes colorées ornait parfois le marae. Il pouvait symboliser le voyage des morts sur des pirogues vers Havaiki, la terre des ancêtres. Il pouvait aussi servir de reposoir aux oiseaux, considérés comme les incarnations des dieux. Les tira ne semblent pas avoir eu d’emplacement spécifique sur les marae.

Fata, table d’offrande
Deux dimensions de tables d’offrande ont été identifiées : le fata rau et le fata a’ia’i.
Le fata rau, de grande taille (jusqu’à 4 m de hauteur) était placé sur les grands marae de chefferie ou de mataeina’a. Tapissé de feuilles de cocotiers et bordé de feuilles de l’arbre sacré miro, il était soutenu par des poteaux en bois. Situé dans la partie avant du pavage, il faisait face au ahu. Les offrandes qu’il contenait, composées de chair animale et accompagnées de fruits locaux, étaient destinées aux dieux qui en consommaient l’essence.

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A morai with an offering of the dead (Raiatea), Parkinson, 1769


Le fata a’ia’i, de dimension plus modeste, soutenu par un ou quatre pieds, avait une fonction plus personnelle et était associé à une structure funéraire (fare tūpāpa’u), située à distance du marae.

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Marae Te Ara o Tahiti J. Webber, 1777.

Fare ou maisons associées au marae
Quelques constructions végétales étaient associées au marae, disposées à l’intérieur ou à l’extérieur de son enclos.
Sur les plus grands marae voués aux dieux suprêmes et aux ari’i, des maisons nommées fare ia manaha ou "maisons des trésors sacrés" étaient construites. La maison du prêtre ou fare tahu’a pure était située à l’avant, au-delà des murs d’enceinte du marae. Sur les marae les plus importants on trouvait également les maisons des officiants qui entretenaient les marae et apportaient leur aide aux cultes. Ils étaient connus sous le nom d’Ōpū-nui ou "grands estomacs". Une maison sur pilotis contenant les images des dieux, des ancêtres déifiés connue sous le nom de fare ti’i se trouvait également dans l’enceinte des plus grands marae, tel celui de Mata’ire’a Rahi sur la colline du village de Maeva, Huahine, dédié au dieu Tāne. Ici, un gardien dormait avec l’image du dieu dans le fare atua.

Fare ia manaha
C’est la maison la plus importante du marae national : c’est là que sont disposées les images (to’o, ti’i) et les objets les plus sacrés (fare atua). Elle devait être érigée en une journée et une victime humaine était placée sous le poteau central. Sa forme était celle du fare pote’e et sa longueur variait de 15 à 20m. Elle était vraisemblablement située dans l’enceinte du marae, à proximité du ahu.

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Cook assistant à un sacrifice humain sur un marae de Tahiti, Webber, 1784
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Détail des 2 hommes aux tambours


Fare atua
Cette structure avait une grande importance sur le marae. Elle contenait les images des dieux (to’o), distinctes de celles des ancêtres déifiés ou ’oromatua représentés par des images (ti’i) anthropomorphes. La plupart des fare atua était rangée le long de la façade avant du ahu.

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A fare atua in Huahine, H.D. Spöring, 1769


Fare va’a
Tous les fare va’a avaient des formes identiques, mais leurs dimensions variaient en fonction des embarcations qu’ils abritaient. Les pirogues de guerre, les grands pahi, pirogues doubles à deux mâts, étaient placées sous les hangars dont les dimensions variaient de 25 à 55m pour la longueur et de 8 à 12m pour la largeur. Elles étaient construites en bord de mer et souvent à l’embouchure de rivières.

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Structure hangar à pirogues (C.Orliac 2000)


Fare tūpāpa’u
Ces bâtisses étaient normalement construites dans une zone délimitée par un petit enclos en bois ou en bambou. Une longue table accueillait le défunt en position assise. Le corps était exposé durant la journée au soleil et était oint en permanence avec de l’huile de mono’i, assurant ainsi la dessiccation de la peau. La nuit, la plate-forme était recouverte par un abri mobile. Le corps et le fare étaient décorés de tapa parfumés, aux couleurs vives. Les individus importants, après avoir été exposés de cette manière, étaient transportés jusqu’à leur marae ancestral où l’on récupérait leur crâne pour le vénérer en tant qu’ancêtre déifié ou ’oromatua.
Sources iconographiques :

Banks, Webber, Hodges, Sporing
- JOPPIEN R. et SMITH B., 1988 The Art of Captain Cook’s voyages : volume 1, The voyage of the Endeavour, 1768-1771, The Art of Captain Cook’s voyages : volume 2, The voyage of the Resolution & Adventure, 1772-1775, The art of Captain Cook’s voyages : volume 3 (text and catalogue), The voyage of the Resolution & Discovery, 1776-1780. Tobin - LEE I., 1920 Captain Bligh’s Second Voyage to the South Sea, éd. Longmans Green and Co., London.

Fare va’a
- ORLIAC C., 2000 Fare et habitat à Tahiti - Habitat traditionnel de Polynésie, Collection Architectures traditionnelles, Ed. Parenthèses, Marseille, France. - GARANGER J., 1967 L’archéologie et les îles de la Société, Port-Villa
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Vehiatua (Waheiadooa), Chief of Oheitepeha, lying in state, Webber, 1777