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La réappropriation d’un savoir-faire original et la restitution.



LA REAPPROPRIATION D’UN SAVOIR FAIRE ORIGINAL
La rénovation de la cathédrale de Rikitea outre son intérêt au plan culturel et patrimonial s’insère dans une démarche éducative et professionnelle à l’adresse des populations de l’archipel.
Il convient ici de relever les propos de M. GATIER, architecte en chef des Monuments Historiques, qui font l’apologie du croisement entre les savoir-faire des prêtres bâtisseurs et ceux des populations autochtones. Il met en évidence le remarquable intérêt patrimonial et culturel de ce bâtiment, ainsi que des matériaux utilisés et des techniques de construction mis en œuvre.


« Précieux témoignage d’une période intense de construction et d’effervescence religieuse aux Gambier, la cathédrale de Rikitea est une synthèse très rare entre des mises en œuvre telles que l’on peut les trouver en métropole et des savoir-faire qui n’existent qu’ici. Il apparaît que ce chantier doit être l’occasion de développer une politique de transmission de ces savoirs. Un travail de formation d’artisans et de jeunes doit être mis en place »

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La conception d’un four à chaux (crédit photo BCI. HC)


La mission catholique partenaire de cette opération dispose d’une structure pédagogique in situ. La spécificité de l’école catholique conduit tout naturellement les CED5 à participer à cette opération. Dès lors, les activités pédagogiques sont orientées autour de la rénovation de la cathédrale tant en enseignement général et théorique qu’en enseignement professionnel et artistique.

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La cathédrale vue de côté (crédit photo BCI. HC)


En parallèle, l’équipe de maîtres d’œuvre représentée en Polynésie française par M. TOUZEAU met un point d’honneur à la mise en place d’une formation pratique en faveur des jeunes dans le cadre des interventions des entreprises sur le chantier.

-  Les activités pédagogiques

a. En enseignement général et théorique

Connaissance du monde (histoire-géographie-français-langues) : se réapproprier l’histoire de l’arrivée des missionnaires de Picpus en 1834 ; études de textes dans différentes langues.

Mathématiques : études des figures géométriques nécessaires à l’élaboration des différents mobiliers, mesures, calculs.

Etude de la conception de la charpente.

Conception de la chaux à partir du corail, étude du fonctionnement d’un four à chaux, fabrication du four à chaux.

b. En enseignement professionnel et artistique

Menuiserie : fabrication des portes et fenêtres, fabrication des bancs, mobilier de l’autel, restauration des mobiliers usagés.

Gravure sur nacre : conception et fabrication des ornements en nacre (autel et autres décorations).

-  La nacre

A la rentrée scolaire d’août 2009, la première formation est lancée et consiste en la restauration des objets décoratifs de la cathédrale : fabrication des bouquets en support de bois ornés de fleurs taillées dans la nacre ; les sections « menuiserie » et « gravures sur nacre » sont mises à contribution.

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Fleur en nacre (crédit photo BCI. HC)

-  Le mobilier

Par ailleurs, il est envisagé la participation de la section « ébénisterie » du CED de Makemo, dans le façonnage des pièces de bois nécessaires au mobilier, ces pièces seront ensuite acheminées et montées par les élèves du CED de Rikitea.

Parallèlement à ces activités manuelles, les élèves seront également appelés à la culture du bois de « reva » en voie de disparition, pour laquelle une pépinière sera mise en œuvre. L’apiculture sera également relancée afin d’utiliser la cire d’abeille pour la fabrication des cierges.

-  La chaux corallienne

Les enduits de maçonnerie de moellon sont recouverts d’enduit à la chaux corallienne. Elle est obtenue par calcination de la roche de corail, dans des fours à chaux. Les jeunes seront initiés dans le cadre d’activités extrascolaires à la conception de la chaux, au fonctionnement d’un four à chaux et à la fabrication du four à chaux.

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Four à chaux (crédit photo BCI. HC)


Au mois de juillet 2009, la population de Rikitea a été invitée à se réapproprier ce savoir faire. Un four à chaux a été construit et une tonne de corail fut alors transformée en chaux.

-  La charpente, un exemple de fusion entre « l’art du trait » et le savoir vernaculaire

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Détail de la charpente (crédit photo BCI. HC)


Les superstructures de l’édifice, au-dessus des arases en têtes des façades de maçonnerie, sont réalisées en ossature de charpenterie. L’essence utilisée est locale : l’arbre à pain ou « uru ». Les pièces de forte section gardent les traces du débit.

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Détail de la charpente (crédit photo BCI. HC)


La charpente composée d’une structure de ferme principale et de fermes secondaires assure le support des voûtes auxquelles elles sont suspendues.
Les assemblages employés révèlent un savoir-faire très abouti dans l’art de la charpenterie.

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Détail de la charpente (crédit photo BCI. HC)


On peut citer les assemblages de pannes et poteaux réalisés par trait de Jupiter à clé, geste technique particulièrement abouti. Cependant, tous ces assemblages chevillés sont complétés par des systèmes complexes de ligature en corde de fibre de coco, manifestation d’une fusion entre deux cultures techniques.

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Détail de la charpente (crédit photo BCI. HC)


La ligature est ici le substitut du clouage.

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Détails de la charpente (crédit photo BCI. HC)


Fort de cette étude, des formations en matière de ligature sont envisagées sous l’égide du ministère de la culture en partenariat avec les artisans mangaréviens. Les élèves y seront également associés.

-  Un ouvrage exceptionnel : la voûte à ossature de bambou

Ouvrage exceptionnel, la voûte de la cathédrale atteste encore cette fusion des techniques françaises et polynésiennes permettant l’invention d’un nouveau procédé. La voûte est constituée d’une ossature légère, armature d’une voûte enduite de chaux corallienne.

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Détail de l’ossature en bambou (crédit photo BCI. HC)


L’ossature de la voûte de Saint-Michel est constituée d’une triple nappe de bambou, croisées et systématiquement ligaturées, noyées dans un enduit de chaux, lissés à l’intrados de la voûte, simplement projeté à l’extrados.

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Détail de l’ossature en bambou (crédit photo BCI. HC)


Les artisans bénéficieront également des connaissances des anciens grâce à une formation qui aura trait au choix du bambou, aux techniques de protection du bambou, aux différentes techniques de façonnage des lattes de bambou et à leur tressage.

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Détail de tressage (crédit photo BCI. HC)

LA RESTITUTION

Le projet de restauration doit permettre d’assurer la restitution de l’édifice dans son état d’origine. Ce projet consiste en la restauration de l’ensemble de l’édifice, façades extérieures, toitures, décor intérieur et voûtes intérieures.
Ce projet est à la fois une démarche de conservation (restauration de l’édifice), archéologique (identification des états historiques successifs de l’édifice), de reconnaissance de savoir-faire (identification des modes de mise en oeuvre), de formation (formation d’artisans et de la main d’oeuvre aux métiers du bâtiment et de la restauration).

-  La toiture
La restitution en l’état d’origine ne sera malheureusement pas envisageable en ce qui concerne la couverture. En effet la première toiture de l’édifice en pandanus s’était révélée peu adaptée aux conditions météorologiques des îles Gambier.
Le choix de la tuile mécanique de Toulouse, deuxième matériau utilisé, n’a pu obtenir l’accord des partenaires du fait du poids qu’elle représente et qui pourrait fragiliser davantage les murs porteurs. L’option pour des feuilles de cuivre est alors retenue tant pour sa légèreté que pour son esthétisme. Elles permettent en plus d’assurer une étanchéité absolue donc la pérennité de l’édifice.
L’entreprise attributaire du lot relatif à la couverture accueillera des jeunes volontaires afin de les former à l’utilisation de ce nouveau matériau.

-  Les cloches

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Détail de la cloche (crédit photo BCI. HC)

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Descente dans le clocher (crédit photo BCI. HC)


En septembre 2009, les quatre cloches sont descendues afin de préparer le clocher à sa rénovation. Les cloches nécessitent une intervention spécifique en matière de restauration.
Cette opération a été réalisée par une entreprise locale spécialisée en travaux en hauteur.

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Deux des quatre cloches (crédit photo BCI. HC)

-  Le planning d’intervention
Ainsi que le prévoient les conventions partenariales qui fixent le démarrage des travaux en 2009, le marché d’appel d’offres comprenant 5 lots est lancé en septembre 2009. Les lots n° 3 – Maçonnerie-Pierre de taille-Enduits et voûtes, n° 4 – Charpente bois sont attribués à deux entreprises métropolitaines. La notification des marchés accompagnée des ordres de service a été faite le 15 décembre 2009.
Un recensement des personnes demandeuses d’emploi a été réalisé sur place, une quarantaine de personnes a été identifiée. En fonction de leurs compétences, ces personnes pourront bénéficier d’un contrat de travail au sein des entreprises attributaires des lots de travaux.
Le planning d’intervention des entreprises est fixé au regard de l’échéance prévue par la convention financière. Ainsi, les travaux démarreront par le corps des charpentiers dès février 2010.

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Célébration eucharistique (crédit photo BCI. HC)